Agir pour une agriculture durable

Source : la Montagne – 2 octobre 2013

Depuis quarante ans, l’éleveur Serge Douix agit pour une agriculture durable

Serge Douix élève des bovins de race limousine, mais aussi des aubrac, comme le taureau, qui est un peu la mascotte de la ferme. - G?raldine Sell?sChaque semaine, La Montagne part à la rencontre d’un producteur local, qui pratique la vente directe au consommateur. Aujourd’hui, Serge Douix, éleveur bovin à Grenier-Montgon.

Serge Douix est un pionnier. Un militant, aussi. Derrière le sourire et la gentillesse de cet éleveur du pays bleslois se cache une volonté de fer et une détermination sans faille.

Depuis toujours – c’est-à-dire depuis 1974, date à laquelle il s’est installé – Serge Douix pratique l’élevage bovin selon les méthodes de l’agriculture biologique. « J’ai démarré dans le bio avec la méthode Lemaire-Boucher, explique celui qui se définit comme « un paysan-chercheur ». J’ai suivi des cours par correspondance sur la méthode, rencontré des techniciens. Ça m’a ouvert les yeux sur le fait que l’agriculture se fourvoyait en voulant produire à n’importe quel prix. »

D’abord installé en GAEC avec son père et son frère dans la ferme familiale de Blesle, il acquiert en 1983 une ferme au c’ur du petit village de Montgon, qu’il tient avec Danielle, sa femme. « Je voulais faire ma vie au pays. Pour ça, il fallait trouver un moyen de commercialisation différent de là où nous emmenait l’agriculture conventionnelle. »

« Le monde agricole ne se soucie pas assez de l’après-production »

Dès le départ, la vente directe du producteur au consommateur s’impose donc à lui comme une évidence. D’abord comme une façon de valoriser la qualité de ses produits. « Au tout début, je faisais des génisses grasses que le boucher du coin m’achetait, mais sans les valoriser en bio. »

Il commence donc à proposer des caissettes de veau sous la mère, qu’il vend directement à une clientèle locale. Puis, au tournant des années 2000, il fait partie de l’aventure de la boucherie des éleveurs bio du Puy-en-Velay. Un système souple pour les consommateurs, qui peuvent acheter leur viande au détail. Ici, pas d’intermédiaires. La boucherie marche bien, mais pour des raisons d’ordre juridique qui lui restent encore coincées en travers de la gorge, l’expérience prend fin en 2007.

Comme il n’est pas du genre à baisser les bras, il tire les leçons de cet échec et se remet à réfléchir. Ainsi naît le projet d’atelier de découpe dédié aux éleveurs bio, sur le point d’aboutir (lire par ailleurs).

Pour Serge Douix, le monde agricole ne se soucie pas suffisamment de l’après-production. « Nous ne sommes pas formés pour ça », analyse-t-il. Mais le manque de formation initiale ne l’empêche pas d’apprendre et de construire des projets en groupe. Car travailler en réseau avec ses collègues paysans est pour lui une nécessité. Économique, bien entendu, mais aussi humaine. « Nous faisons un métier qui n’est pas facile. Aujourd’hui, le lien qui existait entre nous et les autres catégories de la société n’existe plus. »

Trois ans pour un b’uf

Si la question du bien-être humain est au c’ur des préoccupations de l’agriculteur, celui des animaux tient aussi une grande place. Dans sa ferme, les vaches ne sont pas inséminées, les veaux ne sont pas élevés au lait en poudre. Et les b’ufs qu’il vend sont de vrais b’ufs, pas des vaches de réforme. Quant au taureau, baptisé Abricot, il vit à la ferme depuis près de sept ans. Mais hors de question de l’envoyer à l’abattoir. « Il est trop gentil », raconte l’éleveur, tout en grattouillant le dos de l’impressionnante boule de muscles qui se laisse faire avec délices.

« J’essaie de faire des animaux frugaux, explique Serge Douix. Je leur laisse le temps de se développer, avec une alimentation normale. » Ici, le régime des bovins est composé d’herbe et d’un mélange de céréales et de légumineuses cultivé sur l’exploitation. Ni maïs, ni soja importé. « Cela demande un tiers de temps de plus que l’agriculture conventionnelle pour obtenir le même poids de viande. » À ce compte, il faut trois ans pour qu’un b’uf soit prêt…

Quand il se retourne sur ses débuts, l’éleveur reconnaît que le parcours n’a pas été simple. « Dans les années 70 et 80, on était ringards ! Aujourd’hui, on est devenus la référence. » Mais Serge Douix n’est pas revanchard. Au contraire, il souhaite que le bio continue à essaimer. Et quand il pense à la retraite, « qui n’est pas si loin », il espère bien qu’un jeune viendra reprendre sa ferme pour poursuivre cette belle aventure.

Géraldine Sellès

 

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