En lien avec des éleveurs locaux, Christelle Jeannet innove en renouant avec la tradition lainière

Source : La Montagne – 13 novembre 2013

Grâce aux brebis de races locales, Christelle Jeannet propose toute une gamme de laines aux couleurs naturelles. - G?raldine Sell?s
Grâce aux brebis de races locales, Christelle Jeannet propose toute une gamme de laines aux couleurs naturelles.

Les circuits courts ne concernent pas que la nourriture. La preuve, La Montagne part cette semaine à la rencontre de Christelle Jeannet, qui produit une laine 100 % locale.

Lainière, c’est le nom qu’elle a dû inventer pour sa profession. Ou plus exactement réinventer. Car la démarche de Christelle Jeannet est pour le moins originale. Son métier se situe entre celui des négociants, qui brassent des tonnes de laines et celui des experts lainiers, qui évaluent la qualité de la laine.

Amener les éleveurs à prendre conscience de la valeur du « produit laine ».

La jeune femme a entrepris, depuis trois ans, de collecter et de transformer en écheveaux la laine des deux races emblématiques de la Haute-Loire : la noire du Velay et la bizet. Christelle Jeannet dispose ainsi d’un joli camaïeu de teintes naturelles, du noir au beige clair, en passant par le marron. « Ces laines de couleur ont toujours été dévalorisées. Mais c’est justement pour leur couleur qu’elles m’intéressent », s’exclame-t-elle.

Alors que l’industrie lainière française périclite, la jeune femme a choisi, contre vents et marées, de travailler uniquement avec la filière locale. Elle achète les toisons des élevages ovins de Haute-Loire. La laine brute est ensuite lavée à grande eau pour être débarrassée de son suint (*) dans une des dernières unités de lavage de l’hexagone, située à Saugues. Une proximité qui tient de l’aubaine pour celle qui a fait le choix du circuit court. Direction ensuite la Creuse pour l’étape du cardage et du filage.

« On a encore les équipements pour travailler la laine en France, mais c’est très fragile. Tout repose sur les deux seules unités de lavage, à Saugues et Souvigny, dans l’Allier », analyse Christelle Jeannet. Si le Massif Central est si bien représenté dans ce qui subsiste de la filière française, c’est qu’il a existé pendant longtemps une activité lainière liée à l’élevage ovin.

Aujourd’hui, les éleveurs ont complètement laissé tomber la production de laine. La vente des toisons ne couvre même plus les frais de tonte. « Dans les formations agricoles, on ne parle plus de la laine, constate la jeune femme. Il y a un gros travail à faire avec les éleveurs. J’essaye de trouver avec eux comment améliorer la qualité de la laine sans baisser les conditions d’élevage. » La lainière le martèle à l’envi, on peut sélectionner des brebis pour leur laine sans dommage pour la production de viande. L’objectif de la jeune femme est d’amener les éleveurs à prendre conscience de la valeur du « produit laine ». « Sur les chantiers de tonte, ils me voient travailler. Certains commencent à trier eux-mêmes. » Ces connaissances sur le tri des toisons, Christelle les partage volontiers. Elle rêve de voir un jour les éleveurs lui apporter la laine en toison, preuve que son action aura porté ses fruits.

Si la production de laine issue des noires du Velay reste encore confidentielle, Christelle Jeannet est optimiste pour l’avenir. Selon elle, il existe une « demande pour des produits de qualité et locaux » qui concerne la laine tout autant que l’alimentation.

(*) Le suint est la graisse secrétée par le mouton.

Géraldine Sellès

 

 

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