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Le CECB vous propose le 31 Mars 2017, le dernier film de M.M Robin, « Qu’est ce qu’on attend? » , l’exemple d’un village en transition.

On n’attend plus ! : Un documentaire incroyable sur une commune Française en  transition!!

A l’initiative du CECB et en collaboration avec la Mairie et les associations :  Absolu amap de brioude, et pourquoi pas?, et DASA, le dernier documentaire de Marie-Monique Robin (2016),  ‘ » qu’est ce qu’on attend? »  ,  sera diffusé

  le vendredi 31 mars 2017 à 20h30, au ciné « Le Paris » à Brioude,

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Affiche-webUngersheim, petite ville d’Alsace de 2 200 habitants, s’est lancée dans la démarche de transition vers l’après-pétrole en décidant de réduire son empreinte écologique. Pour la mettre en œuvre, la municipalité a lancé en 2009 un programme de démocratie participative, baptisé « 21 actions pour le XXIe siècle». Ce programme englobe tous les aspects de la vie quotidienne : alimentation, énergie, transports, travail, argent, habitat et école. Il vise à développer l’autonomie alimentaire et énergétique du village et à promouvoir le développement des énergies renouvelables. 

Formation en Agro-écologie à Blassac (43)

L’association  » et pourquoi pas ?   » de Blassac (43), vous présente son programme de formation 2016 en Agroécologie.

Ouverte à Toutes et Tous et adaptées à vos connaissances et   disponibilités, elles sont proposées sous la forme de 3 modules. Les Bases / prévention et luttes / faire ses semences.

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pour Télécharger le programme    :

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Avec le bio, la ferme Françe sera plus riche

source :  par , publié le

Marc Dufumier, ingénieur agronome, ce scientifique engagé et reconnu, auteur de 50 Idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation, ne mâche pas ses mots pour dénoncer les dérives de la politique agricole commune et la médiocre qualité de la production française. Alors que s’ouvre le Salon de l’agriculture, il livre ses pistes pour développer une agriculture durable. Et rentable. Interview.

Marc Dufumier: "Avec le bio, la ferme France sera plus riche"
Pour Marc Dufumier, exporter des produits bas de gamme vers les pays du Sud est à la fois stupide moralement et illusoire économiquement.

 

© Jean-Paul Guilloteau/L’Express

Est-ce le fruit d’une alimentation de qualité? A 68 ans, Marc Dufumier a le sourire et la forme d’un jeune homme. Ingénieur agronome et professeur émérite d’AgroParisTech, ce scientifique engagé et reconnu, a publié 50 Idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation (Allary éditions).

Des dizaines de millions de personnes souffrent encore de malnutrition dans le monde, alors que l’agriculture produit plus qu’il ne faut pour nourrir la planète. Comment expliquer ce paradoxe?

Deux chiffres. Un être humain a besoin de 200 kilos de céréales par an pour se nourrir correctement, c’est-à-dire sans carence en vitamines ou en oligo-éléments. La production mondiale est actuellement de l’ordre de 330 kilos par personne. Le problème n’est donc pas quantitatif, mais économique : à l’échelle globale, les gens sont tout simplement trop pauvres pour consommer.

Dans ces conditions, la France a-t-elle encore besoin de son élevage et de son agriculture?

Oui. Mais sûrement pas pour exporter des produits bas de gamme, comme nous le faisons actuellement en Afrique avec du lait en poudre ou des poulets industriels ! C’est à la fois stupide moralement et illusoire économiquement. Car nous n’avons pas les moyens de lutter à armes égales avec la concurrence internationale : l’Ukraine et ses céréales, le Brésil et sa canne à sucre, la République tchèque et ses fermes des mille vaches, par exemple. Pis, cela renforce notre dépendance à long terme, puisque nous importons les deux tiers (et même les trois quarts, à l’échelle européenne) des protéines végétales nécessaires pour l’alimentation animale. Mieux vaudrait privilégier des produits de haute qualité dans tous les sens du terme ­ – gustatifs, nutritionnels, environnementaux.

Vous n’allez tout de même pas nous vanter les mérites de l’oignon de Roscoff ou des lentilles vertes du Puy…

Mais si ! Vous avez tort de mépriser les lentilles, les petits pois, les haricots – ­ qui, soit dit en passant, sont importés d’Argentine dans le cassoulet vendu en boîte en France ! Toutes ces légumineuses fournissent des protéines végétales riches en fibres, celles-là précisément que les nutritionnistes nous conseillent pour remplacer les protéines animales. Autre avantage, elles fertilisent les sols par des voies biologiques, sans avoir recours aux engrais de synthèse. Cela vaut tout de même mieux que d’importer du Brésil du tourteau de soja pour nourrir des porcs bretons en surnombre, qui produiront non pas du fumier, mais du lisier, qui va, ensuite, fertiliser des algues vertes !

La France a-t-elle réellement les moyens d’exporter uniquement des produits bio?

C’est un problème de volonté politique, française et européenne à la fois. La question du « quand », en revanche, est plus délicate… Sans faire preuve d’un optimisme démesuré, je situe à 2030 ­- 2050 au plus tard ­- l’émergence d’une production entièrement bio. Cela suppose un virage à 180 degrés de nos modes de production, et ce, à l’échelle nationale. Car faire du bio « dans son coin », au sein d’un écosystème déjà détruit par l’agriculture industrielle, c’est courir au désastre.

Imaginez : vous produisez du colza bio alors que vos voisins, eux, utilisent des pesticides. Ils élimineront donc les insectes « ravageurs » de cette plante mais aussi… les coccinelles qui, elles, auraient neutralisé ces insectes dans votre champ ! C’est une des raisons qui expliquent pourquoi, dans un premier temps, la baisse du rendement en culture bio atteint parfois 40 %.

40 % de perte? Mais, dans ces conditions, vous ne convaincrez jamais un agriculteur de se convertir au bio!

Tout dépend du mode de calcul économique. Quand l’humus disparaît du sol, quand les abeilles ne « pollinisent » plus correctement les plantes, quand il faut puiser dans une nappe phréatique pour arroser du maïs l’été, cela a un prix, même si celui-ci est « invisible ». Certes, remettre des animaux sur la paille, fabriquer du fumier, laisser des terres en jachère, cela exige effectivement plus de temps et de main-d’oeuvre à l’échelle individuelle.

Pour l’agriculteur, cela représente donc un coût. Mais, pour la nation, c’est un gain. A différents niveaux. En favorisant le bio sous toutes ses formes, la « ferme France » sera plus riche. Au niveau macroéconomique, d’abord : une exportation moindre de poulets bas de gamme sera compensée par une importation moindre des protéines végétales nécessaires pour les élever. En outre, exporter des produits haut de gamme (légumes labélisés, races bovines de qualité…) induit de la valeur ajoutée. Ceux-ci comptent déjà pour les deux tiers dans les résultats de notre balance commerciale. Par ailleurs, au niveau collectif, il n’est peut-être pas idiot de donner du travail à quelqu’un dans un pays qui compte 10 % de chômage…

Enfin, n’oublions pas que l’agriculture industrielle a des coûts cachés : nos impôts servent aussi à financer le traitement des algues vertes de nos côtes, l’épuration des eaux souterraines, et même… le règlement des amendes que nous inflige l’Europe pour non-respect de nos engagements en matière environnementale ! L’agriculture moderne de demain, c’est celle qui cessera de tuer, qui ne mettra pas de produits en « cide » ­- fongicides et autres pesticides.

Un pesticide naturel, ça existe vraiment?

Il existe des plantes dont les molécules peuvent, elles aussi, éradiquer certains insectes. N’oublions pas que l’agriculture biologique est née au début de l’époque chimique. Alors, bien sûr, un siècle et demi après, on peut toujours jeter un regard attendri sur le bocage et y voir la victoire de la « Nature »… Mais le bocage breton n’a rien de naturel, justement : il est, au contraire, fabriqué par l’homme, et de façon très sophistiquée, sans quoi on aurait encore de la lande à perte de vue avec des marais. Voilà pourquoi l’agriculture biologique consiste à opposer non pas naturel et chimique, mais ce qui tue et ce qui ne tue pas. Elle exige de savoir regarder, aussi, dans le passé. De retrouver des espèces anciennes, plus adaptées à l’environnement, plus tolérantes.

N’est-ce pas une vision quelque peu passéiste? A ce compte-là, il ne faudrait plus produire que des vaches de race pure, des aubracs par exemple…

Ne mélangeons pas tout. Les viandes rouges sont effectivement dans le collimateur des nutritionnistes, car c’est là qu’on trouve certaines mauvaises graisses. Sans doute en consomme-t-on trop en France et mieux vaudrait-il les remplacer en partie par des protéines végétales. Pour autant, je ne suis pas favorable à une réduction des troupeaux. Je dis juste qu’on pourrait utilement redistribuer l’élevage dans l’espace. Et, au passage, s’interroger sur le caractère prédominant des charolaises en France.

Certains éleveurs ont en effet exagéré la sélection de cette race, en favorisant le volume de la viande au détriment de son développement naturel. Résultat : des vaches qui ont du mal à mettre bas, tant leurs veaux sont gros. Bref, l’exact contraire de la célèbre aubrac, qui présente la caractéristique d’être à la fois un animal de traction et de pouvoir fournir aussi de la viande. Pourquoi ne pas, alors, faire des croisements de gènes, de sorte que ces critères de rusticité puissent être intégrés à d’autres races ?

Au fond, n’est-ce pas toute la politique agricole commune (PAC) européenne qui est à revoir?

Sur ce plan-là, nous avons perdu la bataille de la réforme prévue pour 2014-2020, et je le regrette. L’Europe verse chaque année 9 milliards d’euros aux agriculteurs français, cela fait tout de même beaucoup d’argent ! Mais Bruxelles préfère privilégier les primes en tous genres ­ – à l’abattage, à l’hectare, à la vache allaitante… ­- qui ont aujourd’hui perdu tout caractère incitatif. Il vaudrait mieux changer de logique et adopter une démarche contractuelle : vous sauvegardez les abeilles, vous plantez des haies qui protègent les coccinelles, vous maintenez l’existence des vers de terre qui favorisent l’humus ? Moi, Europe, je vérifie le respect du cahier des charges avec des images par satellite, et je vous paie pour cela.

Combien cela coûterait-il, par exemple, pour que la PAC subventionne de la nourriture bio dans les cantines de France?

Avec 1,5 milliard par an, toute la restauration collective nationale ­ dans les écoles, les collèges, les lycées, mais aussi les cantines d’entreprise ­ pourrait proposer exclusivement du bio dès 2020.

Rumeurs, faits avérés, contrevérités, manipulations… En matière d’alimentation, le grand public ne s’y retrouve plus et la peur l’emporte souvent sur le rationnel. A qui la faute ? Aux scientifiques ou au lobby agro-industriel?

Les responsabilités sont partagées. Le rôle des scientifiques devrait être de rendre intelligible la complexité du monde, mais certains préfèrent jouer la course aux publications dans des revues prestigieuses et se réfugier dans leur tour d’ivoire, se contentant de jugements normatifs pour « dire » le meilleur, le bon, le mal. Evidemment, quand ils sont payés par l’industrie agroalimentaire, le risque de biais est encore accru…

Pour autant, on ne peut nier le poids des lobbys, qui ont des profits à défendre, des emplois aussi parfois. Ils ne vont pas nécessairement mentir chaque fois, mais ils préféreront ne dire qu’une partie de la vérité. Résultat : l’opinion publique est partagée, balance entre confiance excessive et craintes démesurées. Jusqu’à manger déséquilibré, comme les végétaliens [NDLR : régime sans viande, ni poisson, ni oeuf, ni produits laitiers], qui courent des risques pour eux-mêmes et, pis encore, font courir des risques à leurs enfants du fait de carences en vitamines.

N’est-ce pas dû, aussi, au fait que le temps scientifique n’est pas le temps politique, et encore moins le temps médiatique?

Là-dessus, je vous rejoins sans réserve. Avant d’avoir la preuve scientifique du danger de certains pesticides, par exemple, surtout à faibles doses, il faut attendre des années, le délai nécessaire pour que les conséquences (cancers, troubles du développement, baisse de la fertilité…) apparaissent. Heureusement, je sens émerger une prise de conscience globale et progressive. Je suis plus inquiet, en revanche, quant aux nouvelles molécules commercialisées par le lobby industriel, encore peu étudiées : la régulation démocratique sera-t-elle suffisante ? J’aimerais bien en être sûr.

Marc Dufumier en 6 dates

1946 Naissance à Pacy-sur-Eure (Eure). 1966 Diplôme de l’Institut national agronomique (INA). 1968 Agronome volontaire du service national actif à Madagascar. 1977 Enseignant-chercheur à AgroParisTech. 2007 Membre de la Fondation Nicolas Hulot. 2012 Publication de Famine au Sud, malbouffe au Nord. Comment le bio peut nous sauver (NiL éditions).